Outreau: le nouveau procès Lavier, une bombe pour certains acquittés de 2005

Le Parquet de Boulogne-sur-Mer a donc requis hier le jugement en correctionnelle de Franck Lavier, l’un des 13 accusés de viols à Outreau puis acquittés en 2005, pour « violences sexuelles aggravées » sur sa fille mineure après sa mise en examen en 2015 pour « viol et violences sexuelles ».

Ce coup de théâtre en contient déjà d’autres dans le déroulé de l’action judiciaire en cours, puisque je vous avais annoncé jeudi que le Parquet avait requis les Assises contre Lavier, soit un procès autrement spectaculaire et appelé à se prolonger. Je n’ai fait aucune erreur : la partie civile m’avait confirmé que le Parquet lui avait demandé si elle préférait un jugement devant une Cour criminelle (5 magistrats) ou les Assises (donc avec des jurés civils). Elle avait demandé les Assises. Si le ministère public a soudainement changé son fusil d’épaule, c’est qu’il s’est passé « quelque chose » au plus haut niveau de la magistrature. Rien ne m’autorise à dire que le garde des Sceaux est intervenu ad hoc, mais les mauvais esprits, eux, s’en donneront à cœur joie.

Techniquement, le juge d’instruction va prendre sa décision et rien ne l’oblige à suivre les réquisitions du Parquet. Il peut décréter les Assises. Dans ce cas le Parquet fera certainement appel, et l’affaire sera portée devant la Chambre d’instruction locale. S’il adopte un non-lieu – ce que projette déjà de demander l’avocate de Lavier – , la partie civile m’a déjà indiqué qu’elle saisira la Chambre d’accusation. Au rythme actuel de la justice, on pressent que le jugement n’est a priori pas pour demain.

Il s’agit d’un énorme rebondissement dans cette tristement célèbre affaire d’Outreau, vite qualifiée par les médias de « Tchernobyl judiciaire » avec un juge comparé à « Eichmann ». Les lecteurs de mes deux derniers livres savent, preuves à l’appui, combien la réalité contredit ces clichés. La parole des enfants victimes de prédateurs y fut piétinée par une horde d’avocats de la défense en furie, menée par Dupond-Moretti, Berton et Lejeune, sous la houlette méprisante ensuite de l’avocat général Jannier à Paris.

Nombres des acquittés n’ont dû leur salut qu’au relais par la grande presse de cette vindicte contre les mineurs, pourtant reconnus comme victimes et indemnisés par l’Etat. Plusieurs adultes avaient même avoué, s’étaient dénoncés entre eux, ou avaient été mis en cause par d’autres enfants dans des dossiers séparés que des juges ont fini par classer sans suite ou clore d’un non-lieu malgré les preuves accablantes. Tous ces acquittés ne vont pas manquer d’avoir des sueurs froides avec l’annonce du procès Lavier, si l’un ou l’autre des enfants devenus adultes reprend la parole pour confirmer sa vérité.

Dans tous les cas de figure, le dossier va déclencher un nouveau tumulte judiciaire et médiatique, à même de rendre enfin audible la parole des enfants et de ceux qui la défendent dans des associations de plus en plus combatives.

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