Outreau : les raisons de la colère


Le rebondissement spectaculaire du scandale pédocriminel d’Outreau, avec le renvoi aux Assises, pour viols de sa fille mineure, de l’un des 12 acquittés ravive la colère de tous les défenseurs de l’enfance contre les procès de 2004-2005, considérés par eux comme une parodie de justice.
Si la loi interdit de revenir sur la chose jugée, l’imminent retour devant les jurés de Franck Lavier, mis en examen depuis juillet 2016 à Boulogne-sur Mer pour « viols et violences sexuelles » sur sa fille, exige un rappel de l’abîme entre la réalité des horreurs commises par une bande de prédateurs contre des enfants, dont des nourrissons, et une opinion hostile aux petites victimes sous l’influence de la presse et des avocats de la défense.
Car, il faut insister, Outreau (banlieue de Boulogne-sur-Mer) constitue la plus grande erreur médiatique de ce siècle. (« Outreau, l’un des plus grands fiascos judiciaires de ce siècle », vient encore d’oser une journaliste sur M6 à 19H55 ce samedi 13 novembre 2021 à propos du renvoi de Lavier aux Assises !)
Voici les ingrédients de cette bombe à retardement sur le point d’exploser. Vous trouverez une analyse complète de ce scandale dans mon livre « La pédocratie à la française » (Fabert Editions):
1- Les enfants violés et sodomisés: une soixantaine ont dénoncé autant d’adultes, sans pouvoir se concerter comme ont osé les accuser certains avocats, puisqu’ils vivaient tous séparément chez des familles d’accueil ou dans des foyers divers. La peur, les menaces ou parfois l’indifférence de parents ont limité le maintien de plaintes, mais 18 mineurs victimes au total étaient présents au premier procès de Saint-Omer en 2004. En appel en 2005, ils étaient encore 12 après six retraits de plaintes dans les conditions déjà citées, sans oublier les violents assauts contre eux en séance des avocats des accusés. Les enfants avaient été placés dans le box des accusés, les accusés trônaient aux côtés des journalistes et des avocats dans la salle, et les petits subissaient les agressions de ces avocats (« menteur », « mythomane ») jusqu’à 6 heures durant. Le garde des Sceaux, Eric Dupond Moretti, se trouvait parmi cette armée de 18 avocats. Il avait tellement effrayé une fillette qu’elle avait été victime d’énurésie. Le président des Assises Jean-Claude Monnier, sous anti-dépresseur, était aux abonnés absents. Tous les 12 enfants ont résisté malgré tout, avant d’être reconnus comme victimes par les Assises et indemnisés par l’Etat, à hauteur de 30.000 euros chacun (10.000 pour un nourrisson). Manipulée par les avocats des prévenus, la presse n’a jamais dit un mot ou écrit une ligne ni sur cette conclusion, ni sur l’infâme organisation du procès. Même si le délai de prescription de 10 ans, en 2001 (date de l’ouverture de l’information judiciaire), empêche nombre de ces 60 enfants devenus adultes d’obtenir réparation s’ils portent plainte, rien ne les empêche d’écrire au procureur pour dénoncer les faits, obtenir une audition, celle de leur présumé prédateur, et même une confrontation avec lui, ainsi qu’il en a été la semaine dernière pour l’accusatrice de Jean-Michel Baylet, l’ancien ministre de Mitterrand. Avec la publicité médiatique à la clef comme outil de résilience.
2- Les accusés: au départ une soixantaine cités dans les 30.000 pages des dossiers judiciaires. Au final 18 ont été renvoyés aux Assises. Selon mon étude scrupuleuse des cotes judiciaires, au moins le double auraient pu être déférés par le juge Fabrice Burgaud. Un médecin et une infirmière, dénoncés par cinq enfants, ont été « oubliés » par le juge et ont échappé aux Assises … Même le président de la commission parlementaire sur Outreau m’a confié avoir des « doutes » sur la conduite de ces deux violeurs présumés. L’un des 18 accusés est décédé en prison en 2002 des suites d’une surdose médicamenteuse. 4 ont été condamnés, et en 2005 les 13 autres ont été acquittés à Paris. Tous les 13 se sont partagé un pactole, comme « victimes », estimé à quelque 10 millions d’euros. L’un d’entre eux, connu pour ses hurlements dans le cabinet du juge Burgaud, avait été dénoncé par davantage d’enfants que trois des condamnés. Certains des enfants violés absents aux Assises qui avaient accusé des adultes par la suite acquittés à Paris ont toute latitude pour écrire au procureur dans les mêmes conditions.
12 des 13 acquittés ne sont pas à l’abri d’une mauvaise surprise :- neuf d’entre eux ont été cités par Gerald Lesigne, l’avocat général aux Assises de 2004, devant la Commission parlementaire sur Outreau en 2006, comme s’ils n’étaient pas, même acquittés, tout à fait innocents (cf. mon livre).- quatre sont mis en cause dans un rapport de l’inspection générale des affaires sociales en 2006.- quatre sont accusés sans suite dans deux autres affaires judiciaires pédocriminelles parallèles, après une absence d’enquête de la justice. Aucun média n’a repris mes informations.
3- le juge d’instruction: Fabrice Burgaud, qualifié d’ « Eichmann » par un hebdo connu, a subi tous les outrages dans la presse, au terme d’un savant montage de la défense contre lui. Sa réhabilitation n’est plus qu’une question de temps. Il a accompli un énorme travail, en même temps que 104 autres enquêtes, et transmis son dossier en juin 2002 à un autre juge qui n’a réalisé aucune autre audition avant les Assises de 2004. Tous les enfants victimes lui sont redevables, et ils le reconnaissent, d’avoir instruit leur dossier avec sérieux.
4 – Les juges d’instruction actuels: ils redonnent confiance en la justice, car leur décision entre en collision avec la récente recommandation du procureur de Boulogne-sur-Mer pour un jugement de Lavier en correctionnelle. La justice n’est pas indépendante du pouvoir politique en France, et on imagine mal que le garde des Sceaux se réjouisse de ce coup de théâtre. Outreau a fait sa renommée, usurpée, Outreau pourrait la défaire…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *