A peine sous les verrous pour 10 ans, le bourreau de Séverine Moulin demande sa remise en liberté

L’interminable calvaire judiciaire depuis sa plainte en 2007 pour viols quand elle était mineure, entre ses huit et treize ans, n’en finissent plus pour Séverine Moulin. Moins de deux mois après sa condamnation à dix ans de réclusion le 15 décembre dernier, son prédateur, Marcel Renoult, a déjà fait une demande de remise en liberté, ai-je appris de source proche du dossier.

La chambre de l’instruction à la Cour d’appel de Nîmes (Gard) étudiera cette demande le 23 février prochain. Sa décision sera connue à une date ultérieure. Contactée par mes soins, Séverine Moulin n’a pas souhaité commenter une affaire en cours. « Je m’en remets à la sagesse de la justice », m’a-t-elle déclaré.

Fille d’un officier de la Marine nationale, elle a subi les derniers outrages il y a près de quarante ans dans la maison de Marcel Renoult, un employé de la Marine, à Djibouti puis à Confolens (Charente), entre 1988 et 1993. Elle m’avait relaté son calvaire pour mon livre d’investigation « La pédocratie à la française », publié en 2021 chez Fabert.

Comme la plupart des enfants victimes de sévices sexuels, elle n’en a jamais rien dit à ses parents, sous le poids de la peur et de la honte. Devenue adulte, elle est sortie peu à peu de l’amnésie traumatique, habituelle pour ces crimes, comme le souligne la psychiatre Muriel Salmona.

[C’est d’ailleurs après avoir lu les ouvrages de celle-ci que Camille Kouchner, ainsi qu’elle l’a révélé, avait sauté le pas pour publier l’an dernier son livre « La familia grande » (Seuil), et y dénoncer le viol de son frère jumeau par leur beau-père, Olivier Duhamel. Président de Sciences-Politiques et du club huppé Le Siècle, il en avait aussitôt démissionné, mais ne fut pas poursuivi, pour prescription des faits.]

Quand Séverine Moulin porte plainte en 2007 contre Marcel Renoult, elle a 27 ans. Elle le fait « surtout pour ne pas qu’il recommence avec d’autres enfants ». Elle est alors longuement auditionnée par les gendarmes à Rochefort (Charente-Maritime).

Et puis plus rien. Les mois, les années passent, sans nouvelles du tribunal désormais chargé de l’affaire à Avignon, ni de l’avocat commis d’office, avec à la clef six tentatives de suicide, des dépressions, automutilations et hospitalisations. Personne ne la prend au téléphone, quand elle tente d’avoir un magistrat, un greffier ou une secrétaire, « on me raccroche au nez, ou on me balade de poste en poste jusqu’à une nouvelle coupure », dit-elle.

Enfin, en 2012, une greffière daigne l’écouter, et va consulter son dossier. Quand elle apprend la nouvelle au bout du fil, Séverine Moulin s’écroule en sanglots: sa plainte a été classée sans suite par une substitut du procureur à Avignon, en 2009. Non seulement la victime n’avait jamais reçu cette notification, mais la plainte ne pouvait être prescrite puisque le nouveau délai après les faits criminels, de vingt ans, n’avait pas été dépassé.

« Désespérée, anéantie, j’ai alors bu une bouteille de vodka, raconte la victime. Complètement ivre, je décidai d’aller me tuer sur la route avec ma voiture. Mais dans mon état, je n’ai jamais trouvé les clefs. L’alcool m’a sauvé la vie, si j’ose dire ! »

Le même soir, la substitut appela la plaignante, reconnut « avoir commis une erreur », s’en excusa, et l’assura qu’elle s’occuperait avec diligence de son affaire en restant en contact permanent avec elle. « Je vous ai fait perdre trois années de votre vie », lui avoua alors la magistrate, Caroline Armand. Pour mon livre, j’ai tenté en vain d’entrer en contact avec elle et avec le procureur pour évoquer cette erreur, ils ne m’ont jamais répondu.

Un nouveau silence s’installa, pendant trois ans. Ce n’est qu’en 2015 que Mme Moulin fut enfin appelée par un juge, puis par deux autres, pour des auditions après la réouverture d’une information. En 2016, Marcel Renoult était mis en examen pour viol sur elle, et atteintes sexuelles sur une autre fillette. « Une autre mauvaise surprise m’attendait dans le courrier judiciaire : cet homme n’avait pas été incarcéré. Il était placé sous contrôle judiciaire par le juge des libertés et de la détention ».

Marcel Renoult a vécu jusqu’au procès sous le soleil, dans le superbe massif du Lubéron, à l’est d’Avignon. Mais Séverine Moulin a repris espoir de le voir condamné quand une ordonnance d’octobre 2017 l’a renvoyé devant les Assises à Avignon.
Dans la nuit du 14 au 15 décembre dernier, les jurés, à l’unanimité, ont déclaré coupable et condamné Marcel Renoult à 10 ans de réclusion criminelle. Il a été immédiatement incarcéré.

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